Cette idée mérite-t-elle un article ou un livre ?
J’ai une idée. Et avec ma propension à réfléchir, je pourrais écrire un peu dessus, ou beaucoup. Quel format choisir ? Quelle longueur ? Soit j’écris un simple article sur mon idée, parce qu’un développement serait excessif, inutile, de trop ; un narcissisme de la pensée. Soit j’écris un livre, parce que j’ai vraiment des choses à dire et parce que je veux que mon idée ait un destin.
Un article n’a pas la même portée qu’un livre. Rares sont les articles qui font date. Plus fréquents sont les livres qui marquent. Le support y est pour quelque chose, la diffusion médiatique aussi. Les librairies regorgent de ces objets que sont les livres ; les articles, eux, sont trop brefs pour prendre une place matérielle de taille. Il demeurent cantonnés à un petit espace dans une revue ou sur un site Internet. Ils sont plus confidentiels, plus ingrats. Question de justice peut-être : ce qui a pris plus de temps a droit à plus d’égard. Mais cette règle, prise sans exception, fait trop d’honneur à certaines publications contemporaines.
Normalement, c’est le contenu qui détermine le contenant. Bonne idée, néanmoins idée peu fertile : article. Bonne idée qui me mènera loin dans les méandres du raisonnement : livre. Il en est de même pour les histoires. Histoire avec peu de personnages, peu d’événements et à visée parabolique directe : nouvelle. Histoire foisonnante à visée multiple : roman. Mais là où la corrélation contenu narratif/contenant est quasi-inévitable, la corrélation type d’idée/contenant est plus lâche. Il suffit de se promener dans une librairie (en particulier une librairie grand public) pour constater qu’une grande quantité d’idées se font mousser dans des livres facultatifs, écrits en gros caractères, et auraient été suffisants en quelques paragraphes dans un article. Ce qui ne veut pas dire que des livres d’idées ne doivent pas être écrits, ni qu’un article soit fondamentalement un genre mineur, ni même que toute bonne idée mérite de sortir du stade de la formulation intérieure.
La question qui préside notre réflexion est : « Pourquoi écrire un livre ? » Non pas : « Pourquoi écrire et publier ? », question qui s’applique à tout type de genres et de supports. Mais, précisément : « Pourquoi écrire un livre, c’est-à-dire un long texte qui finira imprimé sur les nombreuses pages formant cet objet qu’on nomme livre ? » Pour être mieux vu, mieux lu, mieux reconnu ? Pour se faire de la publicité ? Pour se croire important ? Pour entrer dans l’esprit des innocents promeneurs d’entre les rayons des librairies ? Ou tout simplement, et sainement : parce que j’ai des choses à dire ?
L’article est une bonne mais trop petite chose. Les blogs compensent ce constat, en rassemblant des articles et en les mettant à disposition du plus grand nombre. En témoigne le blog où le présent article figure.
En ce qui nous concerne, nous choisirons l’article ou le livre en fonction de l’idée, avec réalisme, sans outrecuidance. L’article sera parfois choisi par défaut (et pour sa rapidité à être produit), mais aussi pour la marge de développement qu’il autorise, car rien n’empêchera par la suite qu’un livre soit écrit. L’avenir le dira.
Jeudi 1er octobre 2026
Commentaires